Voici les comptes-rendus de la bataille qui a eu lieu à LURE.
Près de Belfort, un petit morceau de carte routière pour se faire une idée.

Cette rencontre était organisée par Thierry Kerdal   voir sa trombine
 les 17et 18 février 2001.
Bataille inspirée de Leipzig et précédant celle-ci.

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Au Quartier Général de Sieckersheim
le 11 Octobre 1813, huit heures du matin

Ordres de SE le Maréchal Duc de Wilflingen
à MM les généraux du XVe Corps dArmée

    La volonté de l'Empereur, messieurs, est que nous le rejoignions sans délai à Leipzig. Pour y parvenir il convient de faire franchir la rivière à vos troupes et il est à croire que l'ennemi qui nous entoure fera son possible pour nous en empêcher. Le Maréchal compte sur vous tous pour le décevoir dans ses entreprises.

    L'intention générale de SE, en l'état actuel de ses renseignements, est la suivante : La 1/4 tiendra à outrance le bois et surtout le faubourg Ouest de Sieckersheim. La 2/4 volera à son secours et repoussera l'Autrichien avec le soutien actif de la cavalerie et le concours de la batterie de 12 depuis l'autre rive.

    On commencera aussitôt la construction de passages pour l'infanterie au Sud immédiat de Sieckersheim dont le pont devra être utilisé au maximum de son débit. Un officier d'État-major sera commis à la tâche.

    Les 1ère et 2e divisions formeront chacune deux lignes ayant toute leur artillerie dans la première. La deuxième ligne à mi-chemin de Sieckersheim en recueil de la première. La 3e division tiendra les villages à toute extrémité et se repliera sur ordre.

    Sauf contre-ordre les replis se feront dans l'ordre 1ère ligne des 1ère et 2e divisions, puis défenseurs des villages, puis deuxième ligne des 1ère et 2e divisions.

    La retraite de la 1ère division est par Sieckersheim et celle de la 2e division par les passerelles sauf canons.

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    Ordres concernant la 4e division :
   
La 4e division seule a l'une de ses brigades de l'autre côté, en présence d'un corps de troupes Autrichiennes qui lui barre la route que nous devons suivre, celle du Sud-ouest. Mais la présence tout autour de nous de nombreux cosaques beaucoup plus entreprenants que d'habitude nous laisse présager l'arrivée imminente de corps de troupes ennemis par toutes les directions.

    M. le général commandant la 4e division postera sa 1ère brigade de façon à garantir la tête de pont que nous constitue sur la rive Ouest le faubourg de Sieckersheim. Ce poste est vital pour le CA et doit être tenu coûte que coûte. Sa perte ferait manquer la mission et nous compromettrait gravement.


    Il convient donc de garnir très solidement le bois et le faubourg, l'artillerie étant disposée en retrait entre les deux de façon à battre le côté droit de la route Sud-ouest. On se méfiera aussi de l'arrivée possible de nouveaux ennemis par la route Nord-ouest et l'on se ménagera les moyens d'y réagir sans pour autant compromettre la défense face au Sud-ouest.

    D'une manière générale, le dispositif de la 1/4, qu'elle tiendra jusqu'à nouvel ordre, sera établi de sorte à favoriser et soutenir l'irruption de la 2/4 par la tête de pont. Cette brigade devant culbuter l'ennemi ou au moins le repousser afin de gagner puis tenir l'espace dont nous avons besoin pour faire suivre le gros.

    Sa mission s'arrête là et le général fera en sorte que la troupe ne se laisse pas emporter au loin par ses succès. Il doit la garder réunie dans sa main afin de favoriser à son tour le passage des autres troupes, ce qui est l'essentiel, la victoire n'étant que l'accessoire.

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    Ordres concernant le Parc :
   
La batterie de 12 du CA sera déployée sur la rive Est de la rivière vis à vis la route Nord-ouest et soutiendra de là l'action de la 4e division. Dès que la tournure des affaires le permettra la batterie ira franchir le pont et se positionner au même endroit sur l'autre rive où elle agira selon les circonstances.

    Les deux compagnies du génie suivront la batterie de 12 et établiront entre sa position et Sieckersheim des passerelles d'infanterie que la batterie de 12 sera à même de couvrir dans l'une puis l'autre direction lors de ses deux positions successives.

    Les munitions passeront par Sieckersheim pour aller s'établir dans la lisière Est du bois situé sur l'autre rive où elles attendront de nouveaux ordres. Mais sans les attendre, lorsque des batteries franchiront le pont, on les fera suivre en rapport par des caissons pleins si les leurs sont vides. Les chefs desdites batteries feront connaître à temps leurs besoins.

    De plus, entre la batterie de 12 et Sieckersheim les sapeurs et pionniers s'affaireront à réaliser le plus possible de passerelles destinées à faciliter le moment venu l'écoulement de l'infanterie. Un homme de l'art restera affecté à chaque passerelle pour l'inutiliser le moment venu en la livrant au courant. De même, M. le commandant du Génie fera miner le pont de la ville et y laissera un officier qui ne le fera sauter que sur mon ordre ou sur celui du dernier divisionnaire.

    L'infanterie disposera donc sous peu de passerelles mais les deux autres armes n'ayant de passage possible qu'au pont de Sieckersheim elles y seront prioritaires en cas de " bouchon ", comme prévu par le règlement, dans l'ordre ART/CAV/INF.

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    Ordres destinés à la 1ère division :
    M. le général commandant s'établira défensivement sur la hauteur Est avec ses deux batteries et la moitié de son infanterie. Il enverra aussitôt l'autre moitié de son infanterie en deuxième ligne à mi-distance de Sieckersheim. Ces unités sont destinées à le recueillir lorsqu'il battra en retraite. Le Maréchal les disposera.

    Sauf contre-ordre, les unités de la première ligne se replieront, à travers la deuxième directement sur Sieckersheim qu'elles garniront défensivement avec deux bataillons tandis que deux autres iront droit au pont comme escorte des deux batteries dont une ira se positionner sur la rive Ouest juste au Nord de la ville et l'autre juste au Sud afin de protéger le repli des défenseurs des villages et des divisions.

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    Ordres destinés à la 2e division :
    M. le général commandant s'établira défensivement sur la hauteur Sud avec ses deux batteries et la moitié de son infanterie. Il enverra aussitôt l'autre moitié de son infanterie en deuxième ligne à mi-distance de Sieckersheim. Selon les circonstances qui guideront le choix du Maréchal ces forces se verront porter immédiatement sur l'autre rive ou seront dans le cas de tenir ou même de prendre l'offensive.

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    Ordres destinés à la 3e division :
   
M. le général commandant fera replier des villages les batteries d'artillerie qui s'y trouvent inutiles, sous l'escorte d'un bataillon chacune. Elles se porteront sur la route à hauteur des unités de la 1ère division qui se replient vers Sieckersheim et se mettront en position, masquées et flanquées par leur escorte, de manière à interdire les avenues des deux villages, en recueillir les défenseurs le moment venu et soutenir le repli des troupes de la 1ère division des hauteurs.

    La 1/3 enverra un bataillon garnir et défendre le bois. La 2/3 aura un bataillon en réserve à la place actuelle du Parc, destiné à agir en liaison avec la 2e division. Les deux bataillons restants dans les villages de Markstadt et de Niederswiller sont suffisants pour fournir une défense efficace pour peu qu'on ne les prodigue pas. Il s'agit de gagner du temps !

    Dans ce but, lorsqu'ils ne pourront plus se maintenir, ou sur ordre, les commandants de ces postes feront leur retraite en la couvrant de l'incendie des villages qu'ils auront dûment préparés à l'avance. Il en sera de même pour Sieckersheim à moins que l'ennemi ne renonce à la responsabilité de cette barbarie en cessant de nous poursuivre inutilement.

    Sauf ordre contraire, les deux batteries de la 3e division, lorsqu'elles feront leur retraite par le pont se dirigeront aussitôt au Sud et prendront la position la plus à même de favoriser le repli de la 2e division vers les passerelles et Sieckersheim.

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    Ordres destinés à la brigade de cavalerie :
   
Le général commandant la cavalerie se dirigera de suite sur le pont qu'il franchira avec tout son monde après la 2/4 et avant le Parc. Aussitôt passé il piquera au Nord et contournera le bois pour venir se rabattre dans le flanc des Autrichiens qui sont en présence de la 4e Division, au soutien actif de laquelle il agira.

    Si ce mouvement, étant tout de seconde ligne, peut passer inaperçu, le général se ménagera l'effet de surprise jusqu'à son engagement qui, dès lors peut s'avérer décisif. Dans tous les cas on ne s'engagera que dans la certitude du succès. S'il n'est pas assuré la cavalerie ne doit agir qu'en soutien de l'infanterie ou en contres pour la dégager ou la soulager.

    L'une des inquiétudes du Maréchal est l'irruption possible d'ennemis par la route Nord-ouest, aussi bien le général enverra-t-il toutes affaires cessantes un de ses régiments de Chasseurs à la découverte au Nord du bois, sur ladite route, et même vers l'Ouest, ce qui peut se faire sans donner l'éveil à l'Autrichien.

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    Place de M. le Maréchal :
   
Au début de la journée le Maréchal se tiendra à l'orée Est de Sieckersheim, mais le Quartier Général restera fixé sur la place d'armes de la ville, où l'on saura toujours joindre SE où qu'elle se trouve.

    Par ailleurs des officiers, se relayant dans le clocher de la cathédrale, informeront rapidement le Maréchal de tous les mouvements intéressants. De même SE à fixé des signaux destinés à gagner du temps sur les évènements qui peuvent se précipiter. Aussi MM les généraux chargeront-ils un officier de leur État-major particulier d'observer fréquemment le clocher.

    Ces signaux se composeront chacun de deux fanions de couleur superposées, bleu, blanc ou rouge. Le fanion supérieur bleu signifiera un ordre destiné à la 1ère division, blanc à la 2e, rouge à la 3e. Le fanion inférieur bleu signifiera "attaquer", blanc "tenir" et rouge "replier". La configuration du clocher permet d'éviter toute confusion entre les brigades de la 3e DI.

Le Grand Napoléon nous a conviés aux champs de Leipzig où va se jouer le sort du Monde. L'honneur du XVe CA se trouverait terni à jamais de manquer une telle fête. J'y serais, vous y serez, nous y serons, ou je ne suis plus le Maréchal Duc de Wilflingen.

Vive l'Empereur !!!

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" LURE 2001 " (Diégo MANÉ, le 16 Février 2001)

Rappels "L3C 3" me paraissant à propos :

    * Page 1, avant-dernier paragraphe:
            En opérationnel "Tout dispositif de combat évolue "en bloc" à la vitesse de son élément le plus lent, avec un minimum de 2 UD avant multiplicateur. Soit, avec le multiplicateur 5 "Standard " : 600 m en 1/2 h "

    * Page 15, paragraphe central " ... reconstitutions "
            " Un groupement engagé en tactique et ayant reçu l'ordre de se replier l'exécute en Opérationnel Standard. L'ennemi au contact le suit s'il a un ordre d'attaque et les troupes se trouvent exactement dans la même situation tactique mais plus loin*, en n'ayant dépensé qu'un PA de ce chef pour un Mouvement opérationnel entier. Si l'ENI n'avait pas d'ordre d'attaque, il doit en attendre un qui sera applicable suivant les voies ordinaires. "

            * Le " non dit " provenant de la concision de mon texte est que le recul de 600 m dito peut parfaitement avoir amené l'unité concernée sur un terrain plus favorable ou derrière des amis formés qui de facto obligent l'éventuel poursuivant à une action tactique.

    Ces deux paragraphes se complètent et répondent par avance au thème tactique qui nous est proposé par Thierry Kerdal et qui requiert une manœuvre tout ce qu'il y a de plus réglementaire (décrite pp 223 et 342 du règlement de 1791) appelée " passage des lignes" et qui se trouve tout à fait impossible à réaliser ludiquement autrement qu'avec " L3C ". Alors pourquoi s'en priver avec nos vétérans des 1ère et 2e DI!

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Route de Sieckersheim à Leipzig, le 11 octobre 1813, huit heures du soir

Le général de division J.-Alexandre Mané
Commandant la 3ème division du XVème Corps à

   
                                                         Son Excellence le Maréchal Duc de Wilflingen

  Ce matin à huit heures VE nous informa des ordres de l'Empereur et donna à la 3e division la mission de tenir les villages de Markstadt et Niederswiller jusqu'à ce que la division Chaigneau, qui tenait les hauteurs Est, ait effectué sa retraite sur Sieckersheim. Nous devions ensuite le suivre pour rejoindre sur l'autre rive la division Fédor qui s'y trouvait aux prises avec les Autrichiens.

J'avais à peine rejoint ma division qu'un corps Suédois apparut et entreprit aussitôt de menacer notre retraite. Mais tous ses efforts furent vains et le général Chaigneau put décrocher grâce à la belle défense effectuée par la 3e division. Il tenta alors d'encercler mes positions qu'il ne pouvait prendre, mais, ma mission étant alors accomplie je décrochais à la faveur de l'incendie des villages et passais sans encombres derrière notre deuxième ligne de défense.

Ces beaux mouvements, que VE avait ordonnés et préparés, s'exécutaient comme à la parade devant un ennemi de plus en plus décontenancé par notre aplomb et découragé par la certitude de l'échec qui devait l'attendre devant de telles troupes. Nous mîmes à profit ses hésitations pour faire franchir le défilé à la moitié des 2e et 3e divisions, alors mêlées par les mouvements susdits.

Au fur et à mesure de leur passage les troupes étaient dirigées par VE sur les points les plus menacés dans la lutte acharnée que menait le général Fédor à un contre trois. Le 4e de Ligne alla prolonger sa gauche et déborda les autrichiens qu'il fixait de face. Par la suite ce régiment perça la ligne ennemie et constitua l'aile gauche Française avec la division Masson qui suivait.

Avec le 134e de Ligne j'allais sur le flanc droit au devant de dix mille Prussiens arrivés du Nord au secours des Autrichiens. Ces nouveaux ennemis avaient surpris et battu notre cavalerie qui se trouvait acculée à la rivière et au moment d'y être précipitée lorsque mon approche lui permit de se dégager.

Néanmoins l'ennemi tenait la lisière Ouest du bois, clé de la position, dont VE préparait la reprise en introduisant un à un, depuis Sieckersheim, les bataillons disponibles du général Chaigneau. Entre-temps je ralliai notre cavalerie, restée sans chef depuis la blessure du général Bourgeois, et la haranguai sous les boulets, répétant le mot d'ordre de VE : « L'Empereur nous attend à Leipzig, souffirez‑vous que l'on nous retarde ? ». Non ! non ! criaient ces braves soldats, frémissants de honte autant que d'indignation, et demandant à ce qu'on les mène aussitôt à la charge pour laver dans le sang ennemi l'affront qu'ils en avaient subi. L'instant était sublime, il fallait le saisir. Je profitais de la fumée intense provoquée par la mousqueterie de mon infanterie, la contournais par le Nord et, débouchant de ce masque aux cris de Vive l'Empereur, tombais à l'improviste sur la cavalerie Prussienne. Comptant la nôtre comme quantité négligeable depuis sa défaite, elle fût doublement surprise et mise dans la plus complète déroute, perdant son artillerie en même temps que ses illusions.

La complicité d'esprit qui depuis Heilsberg me lie au général Chaigneau devait aussi porter ses fruits. Ce dernier épiait depuis le bois le moment favorable pour s'engager et il ne douta point qu'il fût arrivé lorsqu'il me vit lancer la charge irrésistible du 8e de chasseurs. Il se démasque vivement, expulse les fantassins Prussiens du bois et de la plaine au Nord, favorisant mon action.

Mes obligations me rappelaient néanmoins à Sieckersheim, une partie de ma division y étant encore. Je confiais donc celles de mes troupes qui venaient d'agir au général Chaigneau, qui paracheva à leur tête les succès que j'avais initiés, et gagnais l'autre rive où le général Masson venait de subir un revers.

En effet la ville était pressée de toutes parts. L'ennemi, conscient de notre faiblesse, se faisait menaçant pour la première fois, déployant une activité qu'il n'avait pas eue lorsque nous lui avions offert la bataille. J'arrivais à temps pour rétablir le moral de la troupe, un moment ébranlé par le repli précipité des éléments vaincus de la 1ère division, et repris fermement les choses en mains.

La 12e Légère se repliait lentement, maison après maison, y boutant le feu pour retarder l’ennemi qui se jetait au pillage malgré les flammes. Dépités, les Russes, qui avaient rejoint les Suédois, nous couvrirent des boulets de leur nombreuse artillerie, sans pour autant altérer le calme de nos braves. Soudain le feu cesse, remplacé par un bruit de cavalcade ponctué de « Hourrahs » et à l’instant, comme vomi  par l’incendie, un régiment de Hussards Russes se jette sur ma ligne dont il espère avoir bon marché après les désordres antérieurs.

Tant de présomption méritait un châtiment exemplaire. Appuyée aux dernières maisons près du pont ma ligne silencieuse attendit sans broncher l'ordre de tirer que je donnai à vingt pas. Le fracas de l'unique décharge fit l'effet d'un coup de canon dont le bruit surpassa un instant tout le reste, avant que les cris des hommes et des chevaux blessés ne reprennent le dessus. L'escadron Russe avait disparu comme il était venu, les « Hourrahs » en moins. C'en était fini.

Soldats, par le flanc droit, marche ! Sergent-major, le Chant du Départ ! et tandis que mes hommes défilaient devant moi en chantant je les saluai de mon bicorne avant de les suivre, le dernier Français de Sieckersheim ! Arrivé au milieu du pont je fis volter mon cheval, m'assurais que rien ne suivait, me recoiffais, voltais derechef et rejoignais l'autre rive où VE qui m'attendait me fit l'honneur de faire voler le pont, coupant la route à vingt mille ennemis.

Je volais derechef auprès du général Chaigneau mais, entre-temps, celui-ci avait brisé la résistance de l'infanterie Prussienne qui, abandonnée par sa cavalerie et cernée par la nôtre fût obligée de mettre bas les armes malgré la résistance désespérée du général von Parrainetz. Préférant la mort à la capture, il ne put être saisi par nos hommes qu'une fois coincé et froissé sous son cheval abattu.

Nous avons mis hors de combat mille ennemis, capturé cinq mille autres avec leurs officiers, 16 bouches à feu et 12 drapeaux. Curieusement ma division ne paye de si grands succès que par la perte de deux cents braves, tués ou blessés.

Nous devons cette économie aux bonnes dispositions de VE et la troupe ne s'y trompe pas. C'est donc sans rechigner qu'elle s'est peu après rassemblée, malgré sa fatigue, pour prendre aussitôt la route de Leipzig, selon les ordres de VE, en laissant ses trophées à la garde de la division Fédor, plus éprouvée par les combats, et qui aura l'honneur de coucher sur le champ de bataille.

Ce soir le moral de la troupe est au zénith. Ne doutant plus de rien après notre victoire d'aujourd'hui, le soldat ne voit dans le nombre considérable de nos ennemis qu'autant de motifs à des succès plus considérables encore. L'orgueil d'appartenir au XVe corps, « la Xe Légion de César », ne le cède qu'à celui d'être bientôt mené à la victoire par VE sous les yeux mêmes de l'Empereur car « il n'est rien d'impossible à des Français bien commandés » !

        Que le Grand Napoléon nous demande donc l'impossible et nous le ferons !

                                                    Le général de division J.-Alexandre Mané

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Sieckersheim, le 11 octobre 1813, 4 heures de relevée
Le Maréchal commandant le XVe Corps d'Armée à
Sa Majesté l'Empereur et Roi Napoléon ler

                        Sire,

    J'ai reçu ce matin à huit heures vos ordres rappelant le XVe corps d'armée sur Leipzig, et m'attachais aussitôt à les réaliser lorsque je fus attaqué sur tous les points de l'horizon par des forces doubles.

    VM le sait, mon corps se trouvait alors presqu'entier sur la rive Est de Sieckersheim, et devait donc passer son défilé en présence de l'ennemi qui nous pressait. Cette opération s'est réalisée avec plein succès.

    Généraux et soldats se sont couverts de gloire. Leur plus grande motivation résidait dans le mot d'ordre que je fis passer dans les rangs:  " l'Empereur nous attend à Leipzig, souffrirez-vous qu'on nous retarde ? "

    Leur élan fut irrésistible. Les premiers à en pâtir furent les Autrichiens que menait le GM Bouttetsky, bientôt renforces par ceux du FZM Mounierowitch.

    Bien qu'accablé sous le nombre le brave GD Fédor était cependant au moment de les vaincre à lui tout seul lorsque arrivèrent successivement du Nord les divisions Prussiennes de von Manestein III (cavalerie) et von Parrainetz (infanterie) le tout avec des canons.

    Le premier prit le dessus sur notre cavalerie grâce à la blessure du GB Bourgeois qui laissa sa troupe sans direction. Le second dirigeait ses bataillons sur le bois que nous n'avions pu garnir suffisamment.

    Qu'il l'emporte et il atteignait Sieckersheim, prenait notre parc et coupait la retraite au reste du corps.

    Malgré sa faiblesse le GD Fédor glissa un de ses régiments dans le bois au devant des Prussiens. Le Colonel Mercante qui le commandait fit son devoir en gagnant par son sacrifice juste assez de temps pour que je puisse éloigner le Parc et envoyer à la course deux bataillons de renfort qui stabilisèrent le combat.

    Ils n'y parvinrent cependant, comme nous l'ont appris des officiers prisonniers, que parce-que von Parrainetz avait dû changer ses projets et renoncer au bois. En effet, les Autrichiens étant sur le point de céder sous la mitraille de notre artillerie, il fallait les renforcer au plus vite ou courir le risque de se retrouver seuls.

    Dès lors la crise était passée et le sort des ennemis de la rive Ouest scellé malgré l'arrivée du Nord-est des Suédois qu'amenaient le GDI von Remysson et le GL Beyerbring et que le GD Mané ralentissait. Le GD Chaigneau se repliait sur ordre depuis les hauteurs Ouest sur Sieckersheim, flanqué par le GB Souchières lorsque le GD Masson qui tenait au Sud fût attaqué par les Russes du GM Caillotski, suivis de près par ceux du FM Gantillonov, en tout vingt mille hommes.

    Nos divisions, manœuvrant dans la plaine comme à la parade, effectuèrent plusieurs fois le passage des lignes, décevant à chaque fois les ennemis dans leurs entreprises. Seule la 2e brigade de la lère division fût enfoncée, mais trop près de Sieckersheim pour prêter à conséquence car j'avais anticipé son repli.

    Aussitôt ralliée sur l'autre rive par le GD Masson, cette brigade, ivre de vengeance, ne tarda pas à l'assouvir aux dépens des Autrichiens dont elle malmena le flanc droit tandis que le GD Fédor s'opiniâtrait, malgré de très lourdes pertes, à en fixer le centre et la droite qui se reliaient aux Prussiens.

    Je livrais alors la ville de Sieckersheim aux flammes afin d'empêcher les hordes moscovites de nous y suivre. Ces barbares qui la pillaient déjà en porteront la responsabilité devant la postérité. J'avais par ailleurs fait miner le pont qui ne devait sauter que sur mon ordre ou celui du dernier divisionnaire...

    Je scrutais avec anxiété les flammes qui dévoraient le faubourg opposé tandis que s'y entendaient encore des coups de feu. C'était le dernier de nos bataillons qui avait soutenu une charge de hussards Russes. Il se replia enfin et passa en entier. Après lui et au pas se retira le GD Mané qui arrêta encore son cheval au milieu du pont pour bien montrer qu'il se retirait à son gré. L'image de ce colosse aux habits fumants se détachant sur le fond de l'incendie avait quelque chose de dantesque que je n'oublierai jamais.

    Je lui laissais l'honneur de faire voler le pont qu'il avait si bien défendu. Dès que celà fût fait il partit rejoindre ceux de sa division qui se battaient au Nord avec le GD Chaigneau. A la faveur du bois ce dernier avait fondu comme un Diable roux sur l'ennemi qui, se croyant déjà vainqueur, fût cruellement détrompé.

    Comme au même instant les Autrichiens cédaient aux coups conjugués des GD Masson et Fédor, nos deux ennemis, rejetés l'un sur l'autre et confondus en une même masse que nous couvrions de mitraille, n'eurent d'autre choix que de se rendre à discrétion, sauf leur cavalerie qui parvint à s'y soustraire.

    Parmi elle se trouvait une division de cavalerie lourde qui parut sur le champ de bataille lorsqu'il était trop tard mais ne put éviter en outre d'être culbutée par le renfort de cavalerie qui me parvint alors fort à propos de VM par la route de Leipzig.

    Notre victoire est totale. Les 20.000 hommes du XVe corps ont aujourd'hui vaincu 40.000 ennemis dont 5.000 sont restés sur le champ bataille avec quatre de leurs généraux blessés. 15.000 hommes sont tombés entre nos mains et parmi eux le GM von Parrainetz. 2 à 3.000 cavaliers sont en fuite vers le Nord-ouest, le reste, Russes et Suédois, se trouve coupé par la rivière.

    Un fait révélateur m'est parvenu. La seule attaque sérieuse des moujiks l'a été l'initiative du GM Autrichien Bouttetsky lequel, accouru à la nage supplier des renforts n'a rencontré qu'apathie et découragement chez les généraux Russes. Il s'est mis alors spontanément à la tête de quelques bataillons qui, le prenant pour un de leurs chefs, l'ont suivi !

    Tant de gloire devait cependant avoir un prix. Le XVe corps se trouve ce soir réduit de 2.000 hommes dont 1.300 de la 4e division. Cette dernière étant épuisée par sa lutte acharnée de huit heures, je la laisse au bivouac sur la position qu'elle a baigné de son sang. Elle nous suivra dès l'aube avec les prisonniers, flanquée et suivie par la brigade de cavalerie.

    J'ai aussitôt mis en marche sur Leipzig la division Masson suivie du Parc d'Artillerie, puis les divisions Chaigneau et Mané. Elles seront ce soir à 4 lieues de poste d'ici. Dès que la brigade lourde sera ralliée je lui ferai rattraper l'infanterie, en sorte que VM peut compter que demain à l'aube 14.000 baïonnettes, 1.000 sabres et 60 bouches à feu seront en route pour la rejoindre et prendre leur part de gloire sous les yeux de VM dans Sa lutte pour la Liberté du Monde.

    Dans cette attente je reste, de VM, le très fidèle et très obéissant serviteur: Le Maréchal Duc de Wilflingen.

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A une lieue de Sieckersheim, route Nord-ouest 4 heures du soir.

Le GM von Manestein III a

Son Excellence le GdK von Blücher général en chef

Je suis au regret de devoir dire à Votre Excellence ce que mes yeux ont vu. Partout nos troupes sont en déroute, le GM von Parrainetz est tombé aux mains de l'ennemi avec son infanterie, et j'ai eu toutes les peines du monde à vous conserver ma cavalerie.

Pourtant le beau mouvement que vous aviez commandé sur Sieckersheim avait débuté sous les meilleurs auspices. J'y arrivai le premier de notre colonne pour trouver les Autrichiens du FZM Mounierowitch aux prises avec la division Fédor.

Cette division appartient au corps du maréchal Mané qui se trouvait alors en grande partie sur l'autre rive, sur le point d'y être attaqué par nos Alliés Russes et Suédois que menaient le FM Gantillonov et le GDI von Remysson. Le sort des Français était scellé si ces troupes marchaient résolument.

Hélas il n'en a rien été et Autrichiens et Prussiens se sont retrouvés seuls contre tout le corps Français qui, malgré le courage des troupes Prussiennes et l'héroïsme de ses chefs, nous a accablés sous la mitraille de sa très puissante artillerie avant de nous submerger sous le nombre.

Le général Fédor a fait montre de l'énergie qui a manqué aux Russes et Suédois en se jetant en fou furieux sur les Autrichiens. La défaillance de ces derniers a obligé le GM von Parrainetz à porter ses bataillons sur la position qu'ils abandonnaient et qui se trouvait exposée à un feu d'artillerie épouvantable.

Cependant j'avais, à la tête de mes deux régiments de cavalerie, renversé la division Française qui m'était opposée et la poussait vivement vers la rivière tandis que trois bataillons qui nous restaient attaquaient le bois, clé de la position. Hélas les Français qui s'y sacrifièrent pour nous retarder ne le firent pas en vain car des renforts leur arrivèrent en nombre.

J'étais alors parvenu en vue de la rivière et de la ville. je fus atterré de voir sur l'autre rive Russes et Suédois qui, loin de presser l'ennemi se retiraient pendant que celui-ci franchissait tranquillement le pont en un flot incessant qui nous accablait.

Mes hommes aussi avaient vu la scène et, se sentant trahis au moment d'être submergés, ne tinrent pas le choc des Français qui eux au même spectacle, avaient repris courage. Nous fûmes ramenés jusqu'à notre infanterie que nous ne pouvions plus flanquer et se trouvait donc menacée d'encerclement.

Je courus a une brigade lourde qui venait d'arriver mais dûs l'engager vers le Sud contre une division de cuirassiers arrivant de Leipzig. Je me maintins très longtemps contre elle, mais voyant l'infanterie de l'ennemi gagner ma seul voie de repli je me résolus tristement à sauver ce qui pouvait l'être et me voici.

  

Je  vous ramène deux à trois mille chevaux et une batterie. Tout le reste, ainsi que les Autrichiens, est mort ou prisonnier des Français. Russes et Suédois sont intacts, eux, et pillent Sieckersheim à l'abri de la rivière dont le seul pont a sauté.

 

Que VE pardonne à mon amertume la pensée qu'avec de tels alliés on n'a point besoin d'ennemis.
 

                                                                            Le Général Major von Manestein III

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